Blogage intellectuel

17 août 2019

Je t'avais dit

Je t’avais dit que je ferais la cartographie complète de ton corps et de ton âme, que j’explorerais tes mers, que je visiterais tes îles et que je me brûlerais sur ton sable. J’allais être ton al-Idrisi et je ferais ta carte des voyages agréables dans des pays lointains. Je voulais tout inventorier de toi afin que l’on sache que tout ça existait, que tout toi existait. J’allais t’exhaustiver la description, dans le micro pis dans le macro. Je me suis embarqué sans trop savoir à quoi m’attendre, sans me rendre compte que le bateau que tu m’offrais était un ridicule pédalo de carton. J’aurais dû me méfier. J’aurais pu me méfier. D’autres, à qui tu avais offert des navires solides, t’avaient écorchée de leur acier et ça, ça n’arriverait plus, tu te l’étais juré. Je mets le pied dans le pédalo, il tangue, j’hésite. Je te regarde. En dedans. En dehors. Ah et puis, fuck it, je saute à pieds joints dans le pédalo, je m’assois et je pédale. Je m’éloigne du port, confiant. Trop. C’est pas long que je me rends compte que j’ai mal lu les courants, que je me suis pris la coque dans un maelström pas possible qui me fait virailler en rond. Que l’Sud d’la fille lui fasse du Nord, qui disait, hein? Heureusement (ou pas), le vent se lève. Deux forces s’opposent. La Mer : «Tu vas par là!». Le Vent : «Aweille icitte!». On entend que le pédalo déchire d’un peu partout. Et que je te Charybde et que je te Scylla. Le vent a finalement gain de cause et je suis arraché du tourbillon. J’aurais peut-être dû y rester parce qu’Éole me préparait un bad ass ouragan maison sur le rond d’en arrière. C’est donc fin! Y’est où le fucking papillon qui m’a fait ça? Ça brasse comme à la Ronde quand un employé pas content de pas avoir eu sa paye à temps a saboté les breaks du Monstre. La croisière a rien de fantastique depuis que Tattoo s'est tiré une balle dans la tête. Saffir-Simpson peut aller se serrer l’échelle avant de crisser le camp en bas! Je regarde Météomédia sur mon cell et les prévisions sont encore plus mauvaises. Je maudis la mère de Pascal Yiakouvakis juste avant de perdre connaissance! Demande-moi pas comment, mais je finis par être éjecté de l’ouragan cul par-dessus tête. Tu me vomis sur la plage, à demi conscient, à pas trop savoir si je suis soulagé d’être encore en vie. Je me rends compte que j’étais pas prêt pour ça, que j’étais pas préparé pour toi : mon sextant louche, mon astrolabe a le vertige et moi, j’ai le compas planté dans l’oeil. 

J’en laisserai un autre te cartographier. 

J’en laisserai une autre faire ton récit de voyage. 

Fuck, je sais pas si j'oserais me rembarquer là-dedans, même avec les Croisières AML.

 

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Source de l'image : https://jitenrai.wordpress.com/portfolio/

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15 août 2019

On le nommera Wagner!

Écoutez, Madame Peplowski, vous le savez que je ne suis pas violent, non? Il y a plus de sept ans que je fréquente votre dépanneur, sept ans, vous ne croyez tout de même pas que je l’ai fait exprès tout de même? Sept ans que nous discutons, de tout et de rien, sept ans que nous rions ensemble. Feu Monsieur Peplowski, Dieu ait son âme, me considérait presque comme son fils, vous le savez bien, non? Tout à l’heure, je suis entré, souriant comme d’habitude, j’ai choisi un pain, un sac de riz et quelques pommes, je vous ai payée et je suis parti, non? Sans lever le ton, ni rien. Oui, c’est vrai, je dois l’avouer, j’étais un peu jaloux, lorsque vous m’avez dit qu’Ingrid, votre belle Ingrid, allait se marier avec ce plouc qui vient la chercher tous les soirs à moto depuis quelques mois. C’est peut-être pour ça que j’ai claqué la porte, mais sans penser mal faire, je vous le jure. Oui, c’est vrai, ça m’a un peu énervé, mais quand même…Je ne comprends pas qu’Ingrid, votre belle Ingrid, avec laquelle j’ai passé de très belles soirées l’été dernier (vous vous souvenez, non?) se soit amourachée de ce grand efflanqué qui vient nous empester les oreilles et les narines avec sa moto. Le soir, quand il vient la chercher, il laisse le moteur de la moto rouler 15 minutes, des fois 20 minutes, Madame Peplowski, avant qu’Ingrid monte derrière lui et qu’ils partent. Et lorsqu’il la ramène, la nuit, c’est encore pire, vous le savez mieux que moi, non? Combien de fois je vous ai vue, à la fenêtre, les regarder pendant qu’ils s’embrassaient longuement? Pauvre mère, allez, croyez bien que je ne vous veux pas de mal, vous avez suffisamment d’inquiétudes comme ça. Si j’ai claqué la porte, c’est sans arrière pensée. Aucune. Comment j’aurai pu deviner qu’il y aurait un coup de vent lorsque j’ai claqué la porte, moi? Comment j’aurais pu deviner qu’une seconde avant, un écureuil allait passer en courant devant le commerce et que votre chat, Mozart, allait se précipiter dehors pour l’attraper? Mozart, combien de fois je l’ai flatté, nourri, même s’il me griffait un peu, mais sans malice, je sais bien, quand je jouais avec lui. Je vous jure, Madame Peplowski, jamais je n’ai voulu couper votre chat en deux avec la porte et, si vous me laissez faire, j’irai vous en acheter un autre, demain, à la SPCA…Si vous voulez, celui-là, on le nommera Wagner.

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10 août 2019

Et j'ai pris...

Et j’ai pris sur la chaise la paire de jeans bleue que tu as vue sur la photo, celle avec la ceinture, et je l’ai enfilée. J’ai mis aussi un coton ouaté noir avec un capuchon, mes souliers de marche Merrell et suis sorti par la porte arrière. Mika est passée devant moi, toujours aussi impressionnée d’être en vie, toujours aussi reconnaissante de se sentir libre et présente à l’instant. Heureux, les chiens et les fous. J’avais la tête lourde.

Et j’ai marché entre les arbres jusqu’à la grande éclaircie, à un peu moins d’un kilomètre de la maison. Là où on entend encore certaines voitures passer sur la route. Mais le son, la plupart du temps, est étouffé par celui du vent dans les arbres et par le chant des oiseaux. Il faut vouloir pour entendre les voitures. Et on ne le veut pas. 

Après être passé à côté du tas de pierre que j’ai eu tant de peine à déplacer là (et sous lequel se trouve tu sais quoi) et des petits épinettes qui pour l’instant croissent bien mais qui, bientôt, se feront une féroce compétition pour le soleil, je me suis assis par terre. La loi de la gravité étant mauvaise perdante, je l’ai laissée gagner et un instant plus tard, j’étais étendu de tout mon long, au milieu du champ, les bras en croix, jouant mal un rôle de vieux Dormeur du val un peu gâteux. J’ai fermé les yeux, laissant la nature me remplir les oreilles et le nez et le vent frais caresser ma peau.

Et je me suis imaginé mourant là, retrouvé le lendemain soir ou le jour d’ensuite, pas encore mangé par les coyotes. Ou si peu. L’image m’a fait sourire parce qu’on a beau vivre sans y penser, il y a toujours des moments de grâce qui semblent faits pour ça, qui ont cette perfection qui nous permet de dire: ce serait un beau moment pour mourir, quand même

Mais je ne suis finalement pas mort (je l’aurais su) et j’ai rouvert les yeux. Les nuages défilaient rapidement, me faisant penser à la finale de Six Feet Under. Puis, de cette idée, mon esprit a bondi rapidement à l’Étranger de Baudelaire qui aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages! Il y avait deux couches nuageuses. La plus basse - vaporeuse - était faite d’une espèce de mousseline écrue très légère, quelque peu irréelle même. Elle disparaissait autant qu’elle passait, poussée par un vent frais et rapide, mais délicat...j’aurais pu les toucher, ces nuages, du bout des doigts et ils se seraient dissous. La seconde couche, elle, tapissait lentement l’empyrée, assombrissant tout. Elle semblait avoir la consistance du goudron et sa couleur était d’un gris tirant sur l’indigo. Mes mains, si elles avaient pu l’atteindre, auraient probablement été avalées par cette masse. J’ai longtemps regardé ce ballet, ce contraste, portant tantôt mon regard sur les nuages rapides et délicats, tantôt sur le magma foncé avançant lentement. Un philosophe eût certainement pu y trouver quelque bel aphorisme sur le temps qui passe, sur notre fragilité, sur l’impermanence. Je n’y voyais qu’un beau spectacle.

Toutefois, quand je me suis relevé pour rentrer, j’ai remarqué que je me sentais plus léger de corps et d’esprit. Un peu comme si les nuages vaporeux, par effet de sympathie, s’étaient doucement infiltrés en moi et m’avaient légué de leur nébulosité qui n’est, au fond, que leur manière de chanter l’insouciance. J’ai levé les yeux vers le ciel et ceux-ci avaient disparu, ne laissant plus que l’épaisse couche nuageuse qui me semblait encore plus foncée qu’auparavant, comme si elle aussi, à sa manière, m’avait soulagé de mon fardeau. 

Je suis rentré, j’ai retiré la paire de jeans et je l’ai remise exactement là où tu l’avais vue.

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28 juillet 2019

Je ne serai jamais “un jeune écrivain prometteur”

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Le temps passe, pis il s’en va par là, dans mon dos, y’ousque je suis pu capable de le rattraper, y’ousqui se transforme en air, en air du temps, en air du temps de nina ricci sans majuscules. Ça sent pas ça, l’air du temps, Nina. Je parle depuis que j’ai deux ans, j’écris depuis que j’en ai 6-7 et y’a encore rien de ce que j’ai dit ou écrit qui a valu la peine qu’on le remarque, qu’on le consigne, qu’on le conserve, qu’on le con, qu’on le con. À mi-vie (là je me flatte, je dois certainement être au trois-quarts, pis ça c’est si je fais attention en traversant la rue, si je mange des légumes, s’ils arrêtent de me crisser des glyphosates dans le corps, les hosties), à mi-vie donc, je suis planté là bêtement devant mon ordinateur, à toucher des touches, à pas en toucher d’autres, pis à essayer de me faire croire qu’il va sortir quelque chose de ça, quelque chose d’autre qu’une perte de temps, qui est au moins un moyen d’oublier que je vais mourir. C’est déjà ça. Le problème avec la vie (entre autres), c’est que t’apprends les règlements au fur et à mesure et si c’était de même au Monopoly, y’a plus un chat qui aurait envie de s’asseoir pour essayer d’acheter l’Avenue Baltic Avenue qui est d’un beau gros mauve soyeux. Non, on passerait tous go, on réclamerait rien d’autre que le droit de pas perdre notre temps à jouer un jeu où les règlements sont expliqués seulement à coups de pieds au cul et de claques sur la gueule, une fois que tu sais que tu vas perdre. Je suis donc là, les mains sur le clavier, les pieds dans le réel et la tête ailleurs et j’essaie ben fort de créer quelque chose qui n’a jamais existé, mais surtout qui vaut la peine d’exister. Quelque chose qu’il faudrait faire advenir et dont je serais fier, comme le couple insupportable qui prend un million de photos de son enfant pour les mettre sur Instagram. Mais j’y arriverai pas, j’ai appris trop tard comment faire pis je suis même pas certain que je le sais aujourd’hui. Quel âge ça peut avoir, “un jeune écrivain prometteur”?Pas ben ben plus que la moitié de mon âge certain. 

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26 juillet 2019

De l’amour à 1,29$ le litre

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Tu étais là, me faisant face, enivrée des vapeurs d’essence à indice élevé d’octane autant que je l’étais de ton regard qui se portait sur moi. Quelques pas nous séparaient, que j’aurais pu franchir en trois secondes pour plonger mon visage dans tes longs cheveux bruns qui ondoyaient lourdement, mais… mais il y a des lois contre ça, les visages non sollicités. Je me suis abstenu, me too. Tu m’as souri, ou bien je me suis imaginé ce sourire, mais ça n’a pas d’importance, c’est la même chose, au fond. J’ai trouvé dans ce geste - réel ou imaginaire - du réconfort pour tous ces sourires que le temps a chassé, tous ces sourires féminins qui sont devenus grimaces avec le poids du quotidien, avec les incompréhensions, les dérives, la vie. Une seule bouche qui chasse toutes les autres bouches de l’Hydre de lerne qui me bouffe désormais par en-dedans. Puis le déclic qui indique que le réservoir est plein et tu refermes le bouchon et je fais pareil puis ta voiture une tache rouge qui s’éloigne puis printemps au coeur je rentre pour payer et la tête un peu encore dans les nuages de tes cheveux je me fais accueillir par un Avez-vous la carte Air Miles? Pis au lieu de tuer pour m’être fait chasser de mon état paradisiaque, je la sors ma carte parce que tsé, des points... 

Ton souvenir ne durera certainement pas plus que le temps d’épuiser ce plein, 30 litres de bonheur, mais nous aurons toujours en commun ce fluide amoureux que ne connaîtront pas les générations qui conduiront des voitures électriques.

 

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04 juillet 2019

Une vie, tout inclus

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T’es arrivée là, avec pas de valise, comme si Sunwing s’était fourré de soute pis qu’elle te remettait un certificat cadeau pour aller t’en racheter du linge, pis des brosses à dents, pis une suit d’hiver, pis tout ce que ça prend pour affronter la vie. T’allais t’en rendre compte vite que le certificat cadeau serait pas accepté nulle part et qu’il n’y aurait pas de service au numéro que tu aurais composé. Tu l’as su tout de suite que ton tout inclus, c’était un deux étoiles qui disait en avoir cinq et t’as regretté en partant, de pas l’avoir apporté, ton lunch. T’es arrivée là toute nue, comme sur une plage de tout-nus, avec même pas de crème solaire, engluée dans du liquide amniotique jammé jusque dans la gorge, éberluée d’arriver dans le monde, dans un monde qui t’attendait avec un médecin tanné d’attendre, des infirmières épuisées des chiffres doubles pis des parents qui tenaient une brique pis un fanal au lieu d’un hochet pis un toutou. T’es arrivée là toute frêle, toute frissonnante, toute innocente. Un peu de négligence ordinaire, un peu de violence banale, deux-trois tapes sua yeule, tsé, pour t’éduquer. Faque la DPJ. Faque la famille d’accueil. Faque le bonhomme qui te tapponne. Faque Re-DPJ et re-famille d’accueil. 

Des années de misère à l’école, de notes de marde, de redoublage pis te v’là sortie avec un secondaire deux pas fort pantoute pis une estime qui l’est encore moins. Faque s’ensuivent des jobines, du BS, pis des jobines. Qui a besoin d’une plage quand t’as une shop sur la rue Bannantyne à Verdun? 

Un premier chum, une première chicane, une première crise de jalousie. Deux-trois tapes sua yeule, tsé, pour te montrer qui t’aime. Y recommencera pu, juré. Pis y recommence encore et encore. Jusqu’à temps qu’il t’envoie à l’hôpital. Jusqu’à temps qu’il s’envoie en-dedans pour un boutte. 

À travers de ça un peu de dope, un peu d’alcool pis ben des médicaments pas nécessaires pour la faire passer, la vie.

Pis les rides qui s’empilent, les dents qui tombent, la colonne qui crochit ben comme il faut. Le soir se couche sur ton resort et au lieu des feu d’artifices ou ben d’un spectacle d’acrobates avec des torches enflammées, t’as le droit à une messe le dimanche pis au bingo un fois par mois.

Pis là, sur ton lit de mort, tu vois une femme arriver, une femme qui a un costume. Une infirmière que tu te dis, une infirmière qui va enfin me la shooter la morphine qui me manque pour me faire passer l’autre bord. Mais non, l’infirmière est en fait une agent de bord de Sunwing qui se penche sur toi et te tend un iPhone en te disant : “Pourriez-vous nous mettre un bon commentaire sur TripAdvisor?”

 

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10 avril 2019

L'arnaque

 

J’avoue qu’on m’avait rien promis pantoute en m’amenant ici. On m’a juste dit : “ça te tentes-tu de sortir du néant une couple de secondes, pis d’essayer la vie?”. J’ai dit oui. Je dis toujours oui quand on me propose d'essayer quelque chose, pis c’est pour ça que j’ai à la maison trois encyclopédies, 22 calendriers de l’année, des tonnes de cossins, deux chlamydias et un pot avec les trois dents que j’ai perdues quand le gros Beaulieu m’a dit “t’es pas game” pis que j’ai été game.

Bref, on m’avait rien promis, mais il faudrait quand même qu’il y ait des limites à se faire fourrer parce que c’est pas pantoute ce que je m’imaginais, il faudrait qu’il y ait des recours contre les arnaques de même.

 

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07 avril 2019

Super A, Super B, Super C

J’ai trouvé ton amour en spécial, entre une can de thon et une sorte de mélange de cinq poivres fancy.

Il était là, tout coincé, ratatiné, avec une odeur de poisson dans les rides et prêt à faire éternuer tous ceux qui s’en approcheraient. Y’était pas sa place, pis tu voyais qu’il avait été magané par la vie. Qu’il avait pris ce qu’il avait sous la main pour se défendre du prochain client. Je l’ai trouvé, dans un Super C glauque d’une municipalité qui se donne des airs de ville, mais qui sent encore le village. Et c’est tant mieux comme ça. L’allée était vide. Temps pour une citation. Ouvrir les guillemets y’a personne à gauche, y’a personne à droite, personne peut me voir, je commence à y croire fermer les guillemets. J’y crois pas, tsé. C’est l’aiguille dans l’éternelle botte de foin, c’est comme croiser Nelly en faisant du pédalo écossais. C’est beau, c’est doux, c’est un rêve. Un amour caramel sous un plastique poisseux et poissonneux. Je connaissais les instructions. Le déballer doucement, être délicat, ne rien brusquer. 

Mais...

Mais j’en suis incapable, tu le sais ben. Je suis un amoureux goinfre et je veux tout maintenant. Je veux le ici, je veux le là, je veux le tout le temps pis le partout...Je déballe, comme un enfant sous l’arbre, dans l’urgence de voir si Papa Noël m’a pas bullshité, si le ti-carton avec mon nom sur l’emballage n’est pas qu’une grosse joke absurde pour me planter de quoi dans le coeur. Pis non, c’est ben ton amour. Ça fleure bon le caramel, c’est beau, c’est doux, c’est un rêve. Je suis obnubilé, là, dans l’allée. Pis pendant qu’on demande un commis à la caisse un SVP un commis à la caisse un merci, je reste planté là, les pieds dans mon rond de slush qui fond de mes bottes pis mon coeur qui fond lui avec pis la chaleur qui monte pis j’ai même pas de tuque! Une grosse femme me tasse de devant l’étagère pour prendre une boîte de Petite vache pis moi, je suis là, à regarder ton amour caramel dans mes mains. Pis, comme la chaleur monte toujours en moi, il commence à fondre et à me couler entre le doigts. J’essaie de le retenir mais je peux pas. Le caramel se fait eau, se liquéfie. J’ai les doigts d’un arthritique, j’ai les mains d’un manchot. Je peux rien retenir. Rien pantoute. J’abandonne. Ça coule partout sur le sol puis ça se sauve en dessous de l’étagère. Je le savais qu’il fallait que j’aille le déballer dans la section réfrigérée, ton amour de coeur de caramel, pour y donner le temps de s’acclimater à ma chaleur. Mais j’ai pas pris le temps.

Je reste planté là, les doigts un peu collant, le coeur en marde, dans la rangée 352 d’un Super C, en banlieue de nulle part, pis je braille.

 

Petitevache

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24 mars 2019

Fiction

La feuille

Soudainement, elle eût devant elle une énorme feuille blanche. Pendant un instant, qui lui parut interminable, elle demeura stupéfaite, incapable du moindre mouvement. Probablement qu’elle n’aurait même pas eu le temps de calculer plus de « deux Mississippi » si elle y avait pensé, mais il y a longtemps que l’on sait que le temps est relatif. Puis, comme un papier photo plongé dans le révélateur, les formes se détachèrent progressivement de la feuille blanche, laissant apparaître d’abord, le capot de la voiture, puis la route tout juste devant. Elle n’eût pas le temps de reprendre ses esprits que le tracteur, tache rouge, apparut à moins de 10 mètres de la voiture. Elle l’évita de justesse en donnant un coup de volant sur la droite qui la ramena dans sa voie, réussissant miraculeusement à ne pas perdre le contrôle de la voiture. Paniquée, l’estomac tordu, elle s’engagea sur le premier petit chemin perpendiculaire qu’elle vit, arrêta la voiture, désembraya et mit le frein à main. Elle tremblait. Il y avait plus de 45 minutes qu’elle roulait dans la tempête et elle avait à peine avancé de 20 kilomètres. Il lui fallait pourtant continuer. Elle n’avait pas le choix. On l’attendait. Fermant les yeux, elle se cala dans son siège, tentant de détendre ses muscles tendus depuis bien trop longtemps. Derrière ses paupières, elle fit jouer le film de son voyage à Paris et cela la détendit presque immédiatement. Elle se revoyait, contemplative, devant les Nymphéas au Musée de l’Orangerie. Elle était au centre, tournant doucement sur elle-même, entourée du jardin de Monet. Elle était seule. De fait, il y avait d’autres visiteurs, mais ceux-ci disparaissaient, se noyaient, pour ainsi dire, dans les verts et les bleus de l’étang de Giverny. Elle n’était plus au Musée, elle était en Normandie, chez le peintre. Un coup de vent claqua sur la voiture et elle rouvrit les yeux. Retour à la réalité. Sur le blanc de la poudrerie qui enveloppait la voiture presque sensuellement, tout autour d’elle, elle percevait encore, lointains, les coups de pinceaux du maître. On sentait, même si on ne le voyait pas, que le soleil faiblissait derrière les nuages. Le calme lui était revenu, elle pouvait repartir. La voiture s’engagea doucement sur la route principale. 

À quoi bon raconter les 15 autres kilomètres? Pourquoi dire ce que chacun a déjà vécu? Une succession d’éclaircis plus ou moins importants balayés de moments de cécité blanche. Lorsque l’hiver met une bordure de plus de 100 mètres de glace le long de la rive, la neige s’y accumule et le moindre coup de vent venant du large accroche un rideau blanc au-dessus de la route.  

Après quelques arrêts, après avoir croisé un accrochage entre trois véhicules et après s’être immobilisée pour deux sorties de route (est-ce que vous avez besoin d’aide non d’accord ça me fait plaisir au moins vous n’êtes pas blessée vous êtes certain que je ne peux rien faire pour vous non d’accord bonne journée à vous), elle arriva enfin à destination. Le soleil continuait à décliner et l’opacité de la tempête cédait sa place à celle de la nuit. « C’est étrangement sombre » pensa-t-elle en arrivant devant l’édifice municipal abritant la bibliothèque « une panne de courant, peut-être ». Seules les lumières de sécurité du bâtiment jetaient une lumière jaunâtre qui se frayait difficilement un chemin dans la poudrerie. Après s’être étirée pour prendre son sac sur le siège arrière, elle mit sa tuque et ses gants et ouvrit la portière. Le vent s’engouffra dans la voiture et la gifla avant même qu’elle se lève. Elle se mordit la lèvre inférieure, rabattit son capuchon, s’enfonça la tête dans son manteau et sortit. Elle gravit rapidement les trois marches enneigées qui la séparaient de la porte. Le vent ne se calmait pas et un tourbillon de neige l’entourait lorsqu’elle mit la main sur la poignée et tira. La porte ne broncha pas. Barrée. Elle baissa la tête, dépitée. Elle avait donc fait tout ce chemin pour rien? Misère. Une feuille était scotchée de l’autre côté de la porte vitrée. Avec la neige qui ne cessait de tournoyer et le peu de lumière, elle n’arrivait pas à lire. Elle sortit son téléphone et l’ouvrit pour activer la lumière de l’écran. Les mains en oeillères, avec le téléphone dans la main droite, elle s’appuya sur la vitre et réussit à décrypter le message : 

« En raison des conditions météorologiques, l’atelier d’écriture sur le thème Risque est annulé ».

F.H. 02-19

The Naval Underwater Ordinance Station (NUOS) after a Heavy Snowstorm

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Une minute de silence...

L'auteur de ce blogue étant décédé de ce mal un ti-peu implacable que l'on nomme pudiquement "la vie", j'ai décidé de pirater son compte pour à mon tour, venir y (dé)verser mes abyssales pensées, mes illogiques réflexions, y vider mon ti-coeur plein de pus, quoi. Moins cher qu'un psy...À betôt!  

 

 

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