05 novembre 2008
Le goon et le président
Lorsque le Canadiens de Montréal a acquis les services de Georges Laraque, plusieurs journalistes sportifs ont dit que tous les joueurs de l'équipe venaient de gagner 10 livres, 20 livres (selon l'inspiration de chacun des journalistes!).
Lorsque Obama a été élu hier, ce sont tous les défenseurs des droits de l'homme, tous les amants de la justice et tous les partisans de la paix qui ont gagné quelques pouces.
En route vers la coupe!
"Un nègre, un nègre comme président!"
Dans son discours d'hier soir, Obama a fait référence à Ann Nixon Cooper, une vieille femme noire de 106 ans qui a vu le premier président noir être élu à la tête de son pays, après avoir connu les terribles années de ségrégation. Celle-ci n'a pas voté hier puisqu'elle l'avait déjà fait par anticipation, probablement par crainte de mourir avant le grand jour. Pas fou. Obama s'est servi de l'exemple de Mme Cooper pour montrer tout le chemin parcouru par les Noirs depuis le début du 20e siècle. Entre ne pas avoir le droit de vote un jour et se retrouver élu président le lendemain, il y a un pas gigantesque, presque incompréhensible.
Elle est née en 1901 et a vu, elle aussi, presque tout le 20e siècle. C'était mon arrière-grand-mère, contemporaine parfaite de Mme Cooper. Dans sa vieillesse, n'ayant plus toute sa tête, on a dû recourir aux services du CLSC pour s'occuper d'elle. Des femmes venaient pour s'assurer qu'elle mangeait, pour la laver, pour lui tenir compagnie. Plusieurs de ces préposées qui venaient jour après jour étaient noires. Il arrivait qu'on soit là au moment de la visite et il y avait une nette différence entre la façon dont elle accueillait les unes et les autres, selon qu'elles étaient noires ou blanches. Si mon arrière-grand-mère était d'un naturel froid, elle était plus chaleureuse avec ces dernières; elle leur parlait, au moins. Lorsque les préposées noires partaient et que nous étions présents, elle nous faisait clairement savoir qu'elle ne les aimait pas, malgré notre désapprobation. Pour elle, se faire laver le dos par une Noire, c'était humiliant. Sa fille, ma grand-mère donc, m'a raconté que lorsqu'elle était jeune, ma grande tante était arrivée à la maison avec un petit garçon d'origine indienne à la peau très foncée. Mon arrière-grand-mère s'était alors pris la tête entre les mains en criant à sa fille: "Un nègre! un nègre dans ma maison!" Ma grande tante avait alors dû réviser ses relations amoureuses enfantines et choisir des amis à la peau un peu plus claire. Je ne sais pas d'où venait le jeune indien (ils ne devaient pas être légion à l'époque), mais il a probablement senti ce jour-là que la vie ne serait pas facile tous les jours à Montréal. On était au début des années 40.
Mon arrière-grand-mère, prénommée Blanche (ces choses-là ne s'inventent pas!), est morte quelques mois avant le tournant de l'an 2000. Si elle était toujours vivante aujourd'hui, elle ne se prendrait probablement pas la tête à deux mains en criant : "un nègre, un nègre comme président!" comme elle l'avait fait dans les années 40, mais elle n'approuverait certainement pas le choix des Américains. Elle est morte, mais les idées qui l'animaient ne le sont certainement pas. On a pu voir dans les nombreux reportages qui ont précédé les élections que plusieurs Américains ne pouvaient concevoir le fait d'avoir un Noir comme président. J'éprouvais un plaisir quelque peu cruel de savoir que Blanche, carrément raciste, se faisait laver le dos par une Noire. J'éprouve aujourd'hui le même plaisir de savoir que ces Américains d'une autre époque devront dealer avec un président noir.
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Il me semble que ce matin la planète respire un peu mieux. Mieux qu'elle ne l'a fait depuis les années 2000-2001. Il me semble que si j'étais Cubain, Palestinien, Vénézuelien ou Britannique, je ressentirais les élections d'hier comme l'ouverture d'une fenêtre dans une pièce enfumée étouffante. En tout cas, en tant que Québécois, je respire mieux. Je vais tenter de mettre de côté l'anti-américanisme que j'ai patiemment cultivé depuis l'administration Bush et croire à nouveau aux idéaux américains.
Les attentes sont énormes, espérons que le Président Obama sera à la hauteur de celles-ci.
"Yes, we can!"
04 novembre 2008
Une présidente??? Un président noir???
Certainement, mais pas à n'importe quel prix!!!
Je suis un peu fatigué d'entendre sur toutes les tribunes les Noirs célébrer d'avance la victoire d'Obama, comme si le simple fait d'être un candidat noir devait lui ouvrir toutes grandes les portes de la Maison blanche (sans jeu de mots!). De la même manière, j'en avais par-dessus la tête des femmes qui allaient voter pour Hillary Clinton, simplement à cause de son sexe. Comme si derrière Obama, Clinton et McCain, il n'y avait qu'un Noir, une femme et un vieux. Non, il y a derrière tous ces candidats, présents et passée, des idéologies très puissantes qui les transcendent. La justice sociale, le libre-marché, le droit à le disposition de son corps, la liberté individuelle... J'aurais retiré le droit de vote à toutes ces femmes qui ont dit qu'elles voteraient pour McCain étant donné que Clinton avait été battue par Obama. J'exagère à peine. C'est du n'importe quoi. Elles vont donner leur voix à McCain pour la remercier d'avoir choisi Sarah Palin comme colistière? Et puis quoi encore?
Je suis le premier à souhaiter ardemment qu'Obama soit élu dans quelques heures. Et, oui, je me réjouis du fait que ce soit un Noir, comme je me réjouirais que ce soit une femme si ç'en était une.
Par contre, le fait d'être Noir ou femme est insuffisant à mon avis. Imaginons un Noir de la trempe de Bush, un Noir arrogant, un Noir va-t-en-guerre, un Noir rétrograde...imaginons quelqu'un avec une politique extérieure belliqueuse, avec l'idée que le laisser-faire économique est la solution, avec l'envie de retirer le droit à l'avortement aux femmes en imposant ses propres valeurs morales et religieuses. Imaginons une Condoleezza Rice, par exemple. Eh bien je ne voudrais pas plus de cette femme qui a défendu avec opiniâtreté le régime Bush pendant si longtemps, que je voudrais d'une chaude-pisse!
Obama, oui, certainement, parce que c'est le meilleur candidat, parce que c'est celui qui représente le mieux mes valeurs, et tant mieux si c'est un Noir!!!